Alain Gerber - Lady Day (histoires d'amour)

Publié le par Raynald Boulay

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  Je n'ai jamais trop eu le courage avant de lire les romans d'Alain Gerber. Pourtant j'aime beaucoup ses essais, j'écoute avec plaisir son formidable disque (Le jazz est un roman), etc. Mais attaquer un gros pavé ne se fait pas à la légère.

 

J'ai donc mis à profit ma semaine de vacances pour en lire un premier. 600 pages sur Billy Holiday. Je crois que finalement, j'aurais pu en lire le double, ou même plus. C'est le genre de livre dont on ne voudrait jamais atteindre la fin. Surtout que la fin on la connaît, c'est même par là que tout commence.

 

Enfin, il y a longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir avec un livre. Bien sûr, déjà le sujet compte pour beaucoup. Billy Holiday tient une place spéciale dans mon propre Panthéon du Jazz. Mais surtout le récit d'Alain Gerber est extra-ordinaire. Il s'agit bien d'un roman, pas d'une biographie. C'est à dire que la légende y a sa place a priori, pleinement assumée. Et paradoxalement, j'ai eu l'impression que la vérité historique n'y était pas tant travestie. Et pour cause, il ne s'agit pas d'un récit de la vie de la chanteuse, mais d'une succession d'évocations, par des narrateurs multiples, de tranches de vie. Chaque narrateur se présente comme un témoin, nécessairement partial. A partir de là, les contradictions ont toute leur place, et on devine bien que la vérité est ailleurs, inaccessible. Tout le contraire de la plupart des biographies historiques médiocres qui prétendent figer de manière plus ou moins hagiographique le déroulement de la vie d'une personne.

 

Ici, la complexité est au centre de la démarche.

 

Et dans un style remarquable. D'un chapitre à l'autre, le niveau de langue évolue pour s'adapter au narrateur. On voit ainsi défiler à la barre des témoins Billy Holiday elle même, sa mère, ses ami(e)s, sa gardienne de prison, une journaliste, des musiciens, Lester Young et j'en passe. Et à chaque fois, dès la première phrase, on est comme transporté. Parfois, il faut même un peu de temps pour saisir l'identité de celui qui vient de prendre le relais. Le lecteur est alors un peu dérouté. J'ai trouvé l'expérience très réussie.

 

Je songe donc sérieusement à lire les autres romans d'Alain Gerber. Et surtout, j'espère qu'il en consacrera un à Monk, un jour.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Lecture

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