Ahmadou Kourouma - Allah n'est pas obligé

Publié le par Raynald Boulay

http://www.seuil.com/images/couv/m/9782020427876.jpg"Allah n'est pas obligé d'être juste avec toutes les choses qu'il a créées ici-bas."

 

Selon le narrateur, Birahima un enfant d'une douzaine d'année, il s'agit du titre complet de ce récit. Ce n'est pas à proprement parler la morale du roman. Disons plutôt que le roman en est la démonstration. Une démonstration multiple même, puisque cette conclusion est reprise plusieurs fois par chapitre.

 

Birahima grandit en Guinée, et à la mort de sa mère, Yacouba le féticheur est chargé en le conduire à sa tante. Tous deux vont alors parcourir le Liberia puis la Sierra Leone, en pleine guerre tribale, au service des tous les chefs de guerre les uns à la suite des autres, en tant qu'enfant-soldat et que grigriman.

 

Nous suivons leur périple, tel que l'enfant nous le raconte dans sa langue incomparable, imagée, incorrecte, répétitive, criblée de gros mots. Le récit est picaresque, plutôt drôle, en contraste avec la dureté du propos. Évitant toujours le pathos, cet enfant qui raisonne comme un adulte ne cherche pas à nous apitoyer, mais à faire état de son expérience. De longues explications géopolitiques attribuent à chacun ses responsabilités, aux chefs de guerre comme aux chefs d'Etats, aux enfants-soldats comme aux ONG ou à l'ONU.

 

J'ai trouvé ce livre fabuleux, plus vite lu qu'En attendant le vote des bêtes sauvages. Le style est incomparable, et indissociable du roman lui-même. On retrouve souvent dans la littérature africaine se rapport étroit entre manière d'écrire et écrit, entre la forme et le fond, les deux s'alimentant l'un l'autre. Je me souviens ainsi de Temps de chien de Patrice N'Ganang, où le narrateur est un chien, dont le statut seul est tout un poème...

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